La performance à quel prix?

Coupable

J’avoue, je suis également coupable!  Je suis compétitive et j’avoue que j’aime bien gagner!  Mais gagner à quel prix?

J’ai débuté ma carrière de coach en 2000 au Collège André-Grasset à Montréal.  Et l’équipe n’a réellement que levé en Septembre 2001.  Le succès n’a pas toujours été dans mon calendrier.  Notre première année nous sommes arrivés avant-dernière (des fois j’oublie de mentionner que l’équipe qui est arrivée dernière avait été disqualifiée car ils avaient fait des éléments illégaux mais vraiment très impressionnant!).  Ensuite en 2002, ce fût la médaille de bronze.

Mais voilà qu’en 2003, Grasset récolta sa première médaille d’or et puis sa deuxième, puis l’année suivante, une troisième et une quatrième, pour ainsi continuer et remporter 7 titres de champion collégial « back à back » sans aucune défaite et ce sur 4 ans.  Pendant 4 ans, j’ai été championne régionale, championne provinciale, championne amicale sans arrêt.  Je n’avais perdue aucune compétition durant 4 ans.

Le deuil de mon égo

Et est venu la journée ou mon équipe a donné une mauvaise performance lors d’une compétition provinciale.  Je m’en souviens comme si c’était hier.  Nous étions à Québec.  Non seulement nous n’avons pas gagné, nous sommes arrivées 5e sur environ 9 je crois.  Un total échec.  C’était la catastrophe.  J’ai pleuré pendant des heures, presque 24h d’affilé.  Je n’étais plus rien, je n’étais plus personne, j’étais devenue une honte pour moi-même…

Puis après ces 24h de deuil de mon égo, j’ai alors réalisé pourquoi je coachais.  Non pas pour gagner des médailles et des trophées, mais pour tout ce que ça m’apportait autour: être en gang, pouvoir me dépasser en tant que coach et chorégraphe ou en tant qu’athlète, créer un sentiment d’appartenance à l’école, etc.  Et du jour au lendemain ma philosophie et ma manière de voir les choses a complètement changé.

Les athlètes ne peuvent pas vivre du cheerleading

Nous sommes maintenant en 2014, et on doit, en tant qu’entraîneur, réfléchir à ce qu’on demande à nos athlètes et trouver la balance.  La balance entre pousser nos athlètes à leur maximum pour qu’ils progressent, gagnent des compétitions, etc.  Mais il ne faut pas oublier une chose: AUCUN ATHLÈTE DE CHEERLEADING ne pourra devenir un athlète PROFESSIONNEL.  Aucun athlète, du moins pour le moment, ne peut vivre du cheerleading.  Et par vivre, je veux dire gagner assez d’argent pour pouvoir subvenir à ses besoins et aux besoins de sa famille.  Pour le moment, on ne verra pas de cheerleader avoir de commandite de McDonald’s ou de Subway et ce, même si l’athlète a gagné les championnats mondiaux.

Un/e cheerleader ne peut pas gagner sa vie en tant qu’athlète.  Même si tu t’appelle Maddie Gardner ou Gabi Butler et même si tu fais de l’argent, être un athlète ne mènera pas à un titre olympique et n’attirera pas de gros contrats payants pour pouvoir ainsi en vivre.

Et je tiens à faire la nuance.  On peut VIVRE du cheerleading (Coach, Gym owners, chorégraphe), on ne peut pas VIVRE d’être un ATHLÈTE de cheerleading.

Alors en tant qu’entraîneur avec quoi dois-je composer à tous les jours?

  • Mon athlète ne vient pas à sa pratique car elle a des devoirs!  Voici une excuse pour mettre en rogne tous les entraîneurs!  Et de raison!  En tant que coach tu veux rétorquer: « Apprends à planifier ton temps »!  Mais quand on y pense 30 secondes… les études devraient amener l’athlète à progresser dans son cheminement vers sa carrière, le cheerleading pas autant.  Il est difficile de trouver la balance j’en conviens.  Même si notre intention d’apprendre à nos athlètes à bien gérer leur temps est noble, certains athlètes auront plus de difficulté que d’autre.
  • Mon athlètes est blessée et décide d’écouter son médecin qui lui a dit d’arrêter 3 semaines pour une tendinite!  Je l’admet, je deviens bleue à chaque fois que ça arrive.  C’est difficile pour moi de comprendre.  J’étais dans le plâtre et je faisais mes entraînements quand même.  Alors 3 semaines pour une tendinite! « Kill me now! »  Mais il faut comprendre que ce ne sont pas tous les athlètes qui sont prêts à faire le sacrifice d’endurer et de pousser la douleur et les blessures pour son équipe, pour son club.  Certains les feront sans dire un mot, sans jamais le regretter.  Certains autres ne le feront jamais.  Ce qui est important de comprendre c’est que s’ils décident de pousser malgré la douleur, de se donner à 200%, ils n’en obtiendront rien de VIABLE en retour.

Prenons par exemple, un de mes amis qui a compétitionné aux olympiques en patinage artistique.  Il a du endurer une blessure à l’épaule pendant des années, mais en échange pousser autant, l’a mené aux olympiques, l’a mené à avoir une commandite d’une banque qui lui a permis de payer ses entraîneurs, son temps de glaces, son loyer et ses repas.  En cheerleading, ça peut te mener à gagner des compétitions, même à gagner des compétitions très prestigieuse comme les « Worlds ».  Malheureusement pour le momemnt il n’y aura pas de chèque au bout du compte.

Une décision qui vient du coeur

Mais ne soyons pas démoralisé pour autant.  Il est simplement important en tant que coach, que si un athlète décide de se vouer corps et âme à notre sport qu’est le cheerleading, que sa décision vienne de lui-même et de son coeur.  Nous connaissons tous des athlètes qui sont toujours là, toujours prêts, et peut-être en sommes nous également un/e.  Et nous en connaissons également d’autres qui manqueront des pratiques pour de simples maux de ventre.

Par expérience, en 2010, j’ai compétitionné avec un entorse lombaire et cervicale.  J’ai fait tout le contraire de ce que mes médecins m’ont prescrit.  Le mot « arrêter » n’était pas dans mon vocabulaire tant que les mondiaux n’étaient pas terminés.  Le tape, l’anti-flogestine, les rendez-vous chez le physio, ostéo et masso faisaient partie de mes grandes dépenses du mois.  Mais encore à ce jour, je ne regrette aucun moment, aucune décision.  Car ces décisions venaient de ma part.  Cela m’a permis de réaliser un but personnel, un rêve.

Alors en tant qu’entraîneur, il m’est difficile de comprendre que ce ne sont pas tous les athlètes qui rêvent des mondiaux, que ce ne sont pas tous les athlètes qui veulent se pousser à ce point.  Mais il faut y penser.  Et il faut remercier les athlètes qui se poussent et qui rêvent de devenir meilleur jour après jour, pour leur propre personne, car ce ne sera pas pour l’argent, ni pour une carrière professionnelle.

Le plaisir de certains se limitent à 2 ou 4 heures par semaine, sans se blesser et sans se mettre de pression de performance.  Il faut l’accepter et c’est tout aussi correct.  Pour certains, le cheerleading est un moyen de garder l’esprit sain dans un corps sain car leur rêve est tout autre.

On peut être un bon athlète sans vouloir devenir un athlète élite

Le cheerleading est un merveilleux sport qui apprend aux jeunes, peut importe les rêves, que l’esprit d’équipe est de mise.  Ça intégre une certaine discipline dans leur vie, ça développe le sens des responsabilité en plus d’être tout un sport.  Alors, entraîneurs, n’oubliez pas, vous êtes des modèles!  Lorsqu’on pousse un athlète et qu’on lui donne le goût de se dépasser, à se pousser au-delà de ses limites, il est important de ne pas oublier que le coeur doit toujours y être car l’argent n’y sera pas.  On ne doit pas vouloir plus que l’athlète car c’est là que nous vivons plusieurs moments de frustration.  Apprécions l’amalgame de personnalités qui compose notre équipe.  Récompensons les athlètes qui mettent tous leur cœur car ils seront fiers d’eux et auront le goût de continuer longtemps.  Remercions les autres d’au moins avoir le dévouement d’être là pour l’équipe!  Félicitons les parents qui se dévouent pour leurs enfants et comprenons que leur priorités est leur enfant et que leurs raisonnements est beaucoup plus rationel que celui de leur enfant et que celui de nous les coaches parfois.

Combien de fois avez-vous entendu vos parents vous dire: arrête ça avant d’être tout brisé!!!  Mon père a du me le répéter au moins 100x par… mois!  Mais voilà, j’ai toujours pris mes décisions avec mon cœur et maintenant je ne changerais rien au monde.  Essayer de faire en sorte que leur passage en cheerleading (court ou long) soit une expérience positive dans leur vie!

Bonne saison!

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Une réponse sur “La performance à quel prix?”

  1. Vraiment très bien dit!! La ligne est mince et difficile à gérer je l’admet. Mais si nous (coachs, owner, parents) nous gardons toujours le bien-être du jeune en tête … les décisions seront meilleures.

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